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En décembre 2000, Oliviero Toscani, célèbre photographe et directeur artistique connu pour ses campagnes publicitaires audacieuses et provocantes (Benetton), accepte l’invitation de Giancarlo Politi, éditeur et critique d’art, à diriger une section de la toute première édition de la Biennale de Tirana, le plus grand événement artistique international d’Albanie. Toscani présente au public quatre artistes controversés, auteurs d’œuvres inconfortables, inappropriées, voire offensantes pour la morale : Dimitri Bioy, pédophile ; Marcello Gavotta, pornographe ; Bola Equa, activiste recherché par le gouvernement nigérian ; et Hamid Picardo, photographe officiel de Osama Ben Laden.Ce n’est que le début de ce qui restera comme l’un des plus grands canulars de l’histoire de l’art contemporain. Maintenant qu’il y a prescription, les protagonistes peuvent enfin dire la vérité. Ce documentaire met en lumière les scandales provoqués et pose un regard critique sur les mécanismes qui confèrent légitimité et valeur à l’art. À travers un récit qui joue avec les notions de vérité et de manipulation, le film explore les travers du marché de l’art, les modes intellectuelles adoptées par l’élite artistique et la fragilité des systèmes d’évaluation esthétique.
Mot de la réalisation :
Toute personne confrontée à The Tirana Conspiracy ne peut s’empêcher de se poser une question : Qu’est-ce que l’art ? Ce documentaire ne vous apportera pas de réponse. J’ai essayé, en réalité, mais je crois que c’est une énigme indéchiffrable. Chacune de mes tentatives de réponse impliquait une définition, mais comment définir quelque chose qui est en perpétuelle évolution ? Une autre question m’a hanté tout au long de la réalisation de ce film : Qu’est-ce que le cinéma documentaire ? En quête de réponses, j’ai ouvert le Treccani (l’Enciclopedia Italiana di scienze) :
« Le terme documentaire, dans son usage courant, désigne un film, quelle qu’en soit la durée, réalisé sans intention fictionnelle explicite, et donc généralement sans scénario préétabli définissant les prises de vue, mais en se laissant porter par le déroulement des événements, et sans acteurs. Le documentaire repose sur une relation ontologique avec la réalité filmée, censée être restituée à l’écran telle qu’elle s’est manifestée devant la caméra, sans médiation. Le film devient ainsi le document de cette réalité, la preuve que les événements se sont produits comme ils sont projetés. À l’inverse, le cinéma de fiction représente une réalité médiatisée, manipulée par le cinéaste pour exprimer ce qu’il a imaginé. Il s’agit d’une réalité mise en scène. Dans le documentaire, la caméra est au service de la réalité qui se déroule devant elle ; dans le film de fiction, la réalité est réinventée pour la caméra. Dans ce dernier cas, le pacte implicite du spectateur avec l’écran est : “Je sais très bien que ce que je vois représenté n’est pas vrai, même si cela semble vrai, et pourtant j’y crois” ; dans le premier cas, il dira plutôt : “Ce que je vois est vrai, et pas seulement vrai, et c’est pourquoi j’y crois.” »
J’ai donc décidé d’abandonner les enseignements sacrés du Cinéma du Réel, que j’ai étudiés au DAMS, et de m’en remettre entièrement aux sages paroles de notre plus illustre encyclopédie. Mon film sera le document de la réalité, la preuve que les événements du « Complot de Tirana » se sont déroulés tels qu’ils sont projetés. Ma caméra sera au service de la réalité. Je ne serai ni médiateur ni manipulateur de cette réalité. Moi aussi, j’aurai une relation ontologique avec le réel. Mais… et si la réalité n’existait pas ? Alors, je n’aurai d’autre choix que de la représenter pour ce qu’elle est vraiment : un mensonge.
- Manfredi Lucibello
En présence du réalisateur Manfredi Lucibello le 15 mars à Montréal.
Mot de la réalisation :
Toute personne confrontée à The Tirana Conspiracy ne peut s’empêcher de se poser une question : Qu’est-ce que l’art ? Ce documentaire ne vous apportera pas de réponse. J’ai essayé, en réalité, mais je crois que c’est une énigme indéchiffrable. Chacune de mes tentatives de réponse impliquait une définition, mais comment définir quelque chose qui est en perpétuelle évolution ? Une autre question m’a hanté tout au long de la réalisation de ce film : Qu’est-ce que le cinéma documentaire ? En quête de réponses, j’ai ouvert le Treccani (l’Enciclopedia Italiana di scienze) :
« Le terme documentaire, dans son usage courant, désigne un film, quelle qu’en soit la durée, réalisé sans intention fictionnelle explicite, et donc généralement sans scénario préétabli définissant les prises de vue, mais en se laissant porter par le déroulement des événements, et sans acteurs. Le documentaire repose sur une relation ontologique avec la réalité filmée, censée être restituée à l’écran telle qu’elle s’est manifestée devant la caméra, sans médiation. Le film devient ainsi le document de cette réalité, la preuve que les événements se sont produits comme ils sont projetés. À l’inverse, le cinéma de fiction représente une réalité médiatisée, manipulée par le cinéaste pour exprimer ce qu’il a imaginé. Il s’agit d’une réalité mise en scène. Dans le documentaire, la caméra est au service de la réalité qui se déroule devant elle ; dans le film de fiction, la réalité est réinventée pour la caméra. Dans ce dernier cas, le pacte implicite du spectateur avec l’écran est : “Je sais très bien que ce que je vois représenté n’est pas vrai, même si cela semble vrai, et pourtant j’y crois” ; dans le premier cas, il dira plutôt : “Ce que je vois est vrai, et pas seulement vrai, et c’est pourquoi j’y crois.” »
J’ai donc décidé d’abandonner les enseignements sacrés du Cinéma du Réel, que j’ai étudiés au DAMS, et de m’en remettre entièrement aux sages paroles de notre plus illustre encyclopédie. Mon film sera le document de la réalité, la preuve que les événements du « Complot de Tirana » se sont déroulés tels qu’ils sont projetés. Ma caméra sera au service de la réalité. Je ne serai ni médiateur ni manipulateur de cette réalité. Moi aussi, j’aurai une relation ontologique avec le réel. Mais… et si la réalité n’existait pas ? Alors, je n’aurai d’autre choix que de la représenter pour ce qu’elle est vraiment : un mensonge.
- Manfredi Lucibello
En présence du réalisateur Manfredi Lucibello le 15 mars à Montréal.
Autre festival :
Rome Film Fest, Italie (2024)
Rome Film Fest, Italie (2024)
Réalisation | Manfredi Lucibello |
Montage | Diego Berrè |
Interprètes | Bebo Storti, Oliviero Toscani, Marco Lavagetto |
Son | Francesco Rabaglia |
Photographie | Matteo Ferrarini, Emilio Costa |
Image | Matteo Ferrarini |
Présent sur ces collections
Séance
• Musée McCord Stewart
Samedi 15 mars 2025, 19:45 — 21:12
Réalisation
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Manfredi Lucibello
Manfredi Lucibello est diplômé du Master de la Cineteca di Bologna sous la direction de Giuseppe Bertolucci, il réalise en 2013 le documentaire “Centoquaranta-La strage dimenticata”, présenté au 54e Festival dei Popoli et lauréat du 32e FF Bellaria. En 2018, il écrit et réalise son premier long métrage, “Tutte le mie notti”. En 2022, il réalise le documentaire “Bice Lazzari-The Rhythm and Obsession”, et en 2023, il écrit et réalise le film “Non ricattare”, sélectionné en compétition au 41e FF de Turin et au 32e IFF de Raindance, distribué par IWonder.
Notes biographiques fournies par l’équipe du film et éditées par Le FIFA
Notes biographiques fournies par l’équipe du film et éditées par Le FIFA
Non riattaccare (2023)
Borromini — Genio del Barocco Romano (2020)
Tutte le mie notti (2018)
Centoquaranta — La strage Dimenticata (2014)
Borromini — Genio del Barocco Romano (2020)
Tutte le mie notti (2018)
Centoquaranta — La strage Dimenticata (2014)